Simon, peintre écrivain voyageur  
 
 
 
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L'appel du bleu

Pedro, mon ami.

Une sale gueule, avec des cheveux jaunes de voyou : des yeux verdâtres un peu noyés ; et cette voix  ! La voix écorchée de ceux qui vous tendent des coupe-gorges.
Par l'alcool, le tabac, la haschish, les paquets de mer et les coups de gueule.
Ce type-là est mon ami.
Ce type-là est mon plus grand ami portugais. L'ami par excellence, celui à qui tu peux tout confier, le seul d'ailleurs, des choses terribles, les lui infliger, dont tu peux recevoir ces choses-là aussi, l'ami toujours prêt à te payer un coup à boire et qui ne fait pas de manière pour boire un canon, l'ami attentif, disponible, affectueux, mais brutal dans son affection, à l'inverse des faux-amis qu'on épargne, l'ami qui te salue de loin et ne cache ni n'exhibe son amitié, l'ami qui a des heures devant soi pour écouter ta peine, l'ami pour le malheur, pour le jeu, pour la mélancolie, pour l'allégresse, l'ami tendresse et l'ami discorde, l'ami pour qui on accepte de donner de son temps, de son argent, de son courage, pour qui l'on réveille son amitié, pour lequel on la sort, on la débouche, on la verse, pour lequel on se dit que l'amitié vaut le coup.

J'étais au Portugal depuis fort peu, et je parlais à peine la langue, que nous nous rencontrâmes. Je n'avais alors pas d'ami. J'avais pour camarades tous les clients de la Tasca (gargotte) du Branco, quels qu'ils fussent. Notre amitié commença par un litige, ce qui est, si j'en juge à mes amitiés antérieures, presque toujours de bonne augure. Pas de meilleur moyen de se faire face dans la vie que de s'affronter. "Tout devient par discorde", écrivait le philosophe ancien, Héraclite.

Je peignais donc chez Branco. Une aquarelle.

Il la vit ; il déclara qu'il la voulait. Et avec quelle voix ! Calleuse, revêche. Une ou deux fois, j'avais remarqué ce type-là. Il me déplaisait fort. Grande gueule ! Beaucoup de bruit pour peu de vrai. Et puis cette tête de cogneur. Il déclara donc que je pouvais lui offrir cette aquarelle. Je déclarais que j'étais peintre de métier, que je vendais mes oeuvres. Il rétorqua je ne sais quoi. J'arguais je ne sais quoi. Le ton monta. Il me paya une bière. Je lui payais une bière. Il n'en démordait pas. Je ne cédais pas. Il voulait cette oeuvre. "Cette merde", disait-il. Les camarades de mer nous écoutaient. Les bières s'accumulaient sur la table, vides. Chauffait le conflit, chauffait. Et Pedro, avec sa passion, sa déraison, son indignation, et Simon, avec sa passion, sa raison, son intransigeance, tous les deux en plein désaccord, tous les deux en colère, étaient déjà amis. Ni l'un ni l'autre ne le savait. Les déferlantes se jetaient violentes sur la digue, de chaque côté. L'après-midi tirait vers le crépuscule, et la bière et le soleil faisaient de l'écume une rousse crinière.

Enfin Simon, à bout, ayant tout fait pour se faire comprendre en une langue étrangère, ayant cherché à se faire convaincant (l'enjeu était grand : si je cédais, tous les pêcheurs seraient venus quémander leur aquarelle ; pas d'expo, pas de pognon) finit par dire qu'il ferait à ce jeune pêcheur du nom de Pedro, qui s'était battu toute l'après-midi pour obtenir cette "merde", et par égard envers sa pauvreté, une aquarelle pour cinq cents escudos. Pedro réfléchit et calma sa langue: "C'est bon ; tu me la fais pour demain". Les déferlantes disparurent dans les traînées purpurines du couchant. Cette amitié était née. Née dans une équinoxe ! Et la soirée continua dans cette amitié qui venait de naître, de se nouer comme se nouent les poings d'un bras de fer, et qui se délia, s'étira, se fit ductile avec le soir et sembla n'avoir plus de fin.

Extrait de "L'Appel du Bleu"

 



 
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