Simon, peintre écrivain voyageur  
 
 
 
Accueil
PEINTURE CHINE
  - Collages
  - EXPO CHINE
  - AmoursdeChine
  - Nus-montagnes
  - Série Rouge
  - Paysages-quatuors
  - Voyages d'encre
  - Les égarés
  - Poètes chinois
Peinture
  - Têtes a têtes
  - Nus récents
  - Nus
  - Erotiques
  - Grossesses
  - Oeuvres politiques
  - Oeuvres sur l'Inde
Carnets de voyage
  - Carnets publiés
  - Au Corps de l'Inde
  - L'Appel du Bleu
  - Saharas
  - Chine
  - Rajasthan
  - Sahara, marche avec moi
  - Les beaux carnets
  - Livres d'amis
Livres publiés
  - Petit Arbre Voyageur
Carnets collectifs
  - Sur le vif
  - Banlieue Nomade
  - Ce que j'aime en toi
  - Vivre vieux !
Poésie et Peinture
  - Talismans
  - Nus, puissance deux
Bricolages
  - OBJETS
Biographie
  - Formation
Contact
 

Carnets de voyage

 

                                Petite apologie du carnet de voyage

  

                               Art métisse

 

Bonne nouvelle : un drôle d'objet est aujourd'hui en pleine ébullition. De quoi s'agit-il ? Le gras du crayon qui se marie tant bien que mal à la transparence des aquarelles, des gribouillis plus ou moins intelligibles où surnagent quelques notules vaguement littéraires, des bouts de papiers miraculés du chemin qui se battent avec des photos, à quoi s'ajoutent parfois quelques déchets artistiquement agencés, et j'en oublie de pires (type lézard écrasé entre deux pages), voilà le carnet de voyage. Le genre à quoi nous avons affaire a tout d'un vilain petit canard. Le dessin, l'écriture, les matières, la photographie, le collage s'y côtoient sans vergogne et sans crainte des unions contre nature. Les choses du monde n'ont qu'à s'arranger entre elles. Oui, le carnet de voyage, loin des genres nobles, est un bâtard. Si l'on veut dire les choses plus joliment, un art métisse. C'est sa force. Il est d'aujourd'hui : ouvert, pluriel, inventif, nomade, subjectif. Ouvert : le monde est son atelier - et le monde commence au coin de la rue. Pluriel : la suave aquarelle s'y mêle avec bonheur aux derniers bidouillages informatiques. Inventif : les naïvetés géniales de l'enfance rencontrent les trouvailles savantes des graphistes. Nomade : art de l'instant – le carnet se crée le plus souvent au fil des jours – et art de l'improvisation, il est le free jazz du voyage, alternant les tempos (car les apôtres de la lenteur voyageuse s'y connaissent aussi en urgence : un croquis minute n'attend pas, et, comme disait Georges Perros, « Il faut écrire pendant que c'est chaud.»), les focales (du paysage panoramique au gros plan sur un insecte rutilant) et les angles. Le carnet de voyage restaure le corps voyageur comme vecteur d'exploration de l'ailleurs. Il signale aussi le renouveau du plein air dans l'art contemporain. Subjectif : autant de manières de dire le monde que de mains. Bref : cet objet protéiforme est en pleine expansion. Il rajeunit cette vieille vérité poétique : ouvrez l'œil, vous verrez comme le monde est inattendu.

 

                                   Hier et aujourd'hui

 

A quand remonte cet étrange dada : Léonard de Vinci, le carnettiste universel ? Les Flamands voyageurs ? Les aquarellistes anglais ? On ne sait trop. Toute généalogie du carnet est subjective, faite de choix, d'ignorances et de rejets : la mienne est faite de ces jalons : Dürer (Voyage en Italie), Rembrandt (Carnets de Hollande), Turner (L'aquarelle européenne illuminée), Hugo (le Rhin, les Pyrénées : l'encre visionnaire), Delacroix (Le Maroc), Corot (Carnets d'Italie), Gauguin (le premier grand « Ailleurs ») et Klee (Tunisie). C'est une histoire tracée par des peintres qui, parfois, furent voyageurs et qui, route oblige, travaillèrent vite, petit, avec des techniques légères, mais inspirés : talent oblige. Aujourd'hui, qui est carnettiste ? Tout un chacun. D'illustres inconnus, gratteurs de savane et cyclistes fous, des illustrateurs, des peintres, des dentistes ou des chanteurs. L'origine du carnet de voyage commence tous les jours, chaque fois qu'une main de plein air fouille le papier en quête d'une vérité immédiate. Ce qu'on sait en revanche, c'est que le carnet de voyage, loin d'être une marotte anachronique envoyée aux oubliettes par les technologies de pointe, un vestige dix-neuvièmiste, a le vent en poupe. Il n'a même jamais connu une pareille faveur. Du temps des très héroïques pionniers, on ne voyait pas tant de rêveurs baladins dégainer leur calepin pour fixer dans le grain du papier les instants mirifiques du voyage. Cette faveur nouvelle, que les médias ont amplement relayée, on en connaît les raisons : démocratisation du tourisme, émergence du voyage d'agrément individuel, lassitude des sentiers battus, rejet des vacances de type Club Med, retrouvailles émotives avec les territoires et les peuples, fatigue de la photographie de voyage, nouveau souffle des arts graphiques, dessin et peinture.  Au tourisme consumériste, le voyageur carnettiste oppose deux approches : contemplative et créative. Le carnet de voyage est venu concrétiser cette nouvelle aventure du regard. La contagion a fait le reste. Les précurseurs, avant l'engouement des années 90, avaient créé un sillage propice. Il y a eu Peter Beard, dévoré par le crocodile lyrique de l'Afrique. Il y avait déjà Yvon le Corre, au gouvernail, qui naviguait depuis longtemps en aquarelle. Il avait montré le cap : solitude, hisser les couleurs, l'art de la fugue et le grand large au cœur. Titouan Lamazou a pris le vent et, dans cet appel d'air, tout le monde s'est engouffré. Gildas Flahaut, baroudeur océanique (Iles Kerguelen, Mali), Noëlle Herrenshmidt, qui publia les carnets de la privation de grand air (Carnets de prison, d'hôpital), Geneviève Hue, (visions et visages d'Asie), Yers Keller, légionnaire reconverti aux séductions de l'Orient, Michel Montigné, (Djibouti, Guyane, Jordanie), Hyppolite Romain (La Chine), Les Trois Moustiquaires (Zanzibar, Cambodge), Anne Steinlein (Le foisonnement naturel appliqué au carnet de voyage), Benjamin Flahaut (Sibérie, Erythrée), Merlin (Bénarès, Sénégal) Philippe Longin (Carnet multimédia sur la Syrie), Patrick Colcomb (Carnet des Cinq Sens au Maroc), Christelle Guénot (Carnet de naissance), Laurent Gontier (Carnets imaginaires), et moult autres que mon encrier ne suffirait pas à citer. La Biennale du Carnet de Voyage, à Clermont Ferrand, puis le festival « Carnets d'ici et d'ailleurs » à Brest en prirent acte : un mouvement « carnets de voyage », toutes tendances confondues, spontané et chatoyant, était en marche. Il a largement dépassé l' « effet de mode ». Le monde dépose ses douces cicatrices sur des feuilles reliées de toutes sortes, manufacturées ou faites main, qu'on appelle « carnet de voyage » faute de mieux, terme générique qui englobe des pratiques diverses, des solutions innombrables. Carnet, petit mot - la modestie même – pour petite chose, très bien. Mot intime, qu'on glisse dans la poche. Souvent à peine plus grand qu'on passeport. Un passeport lyrique. Ouvert, il tient dans la main. Ou sur les genoux. Il a grain pour les doigts et parfois, une odeur, sinon plusieurs : d'aucuns y collent même des poudres, currys, sables et poussières. Le papier défend ses couleurs, celle du support, blanc banal ou chiffon népalais à fibres végétales. Il est souvent farci de matières, feuilleté de secrets, gaufré par des souvenirs en relief. Il se présente comme un vulgaire bloc-notes, un missel juteux de destinations, ou encore un atlas grand format. De plus en plus, les fanatiques du bout de papier fabriquent eux-mêmes leurs carnets. En clair, c'est un objet. Fait pour être tenu, pour être frotté, sali, ému, griffé, épaissi, j'en passe, qu'on le mouille, y trace les méandres du voyage, les empreintes du lointain, voire du tout proche, pourvu que l'évasion ait lieu.  A Clermont Ferrand, puis à Brest, combien de solitaires ont-ils réalisés qu'ils n'étaient pas seuls ? La tribu des carnettistes est bel et bien née au tournant du siècle. Cette tribu étonne par sa générosité, sa mobilité, son goût du risque, son humour, sa qualité d'écoute, pour tout dire, sa disponibilité. Elle a érigé la disponibilité au rang de discipline. D'éthique. Etonnant aussi : ces travailleurs solitaires sont conviviaux. Le paradoxe n'est qu'apparent. Le voyage, et les mille façons d'aller, forgent des créatures douées de légèreté, d'un détachement propice, et forment à la bonté du regard d'où la lucidité est tout sauf absente. Le voyage est école de vent intérieur.

 

                                              Souk

 

Le mot « souk » regorge de tissus criards, d'odeurs animales et de pacotilles. Peut-être la métaphore la plus juste du carnet de voyage. Les esprits chagrins vous diront que c'est un fourre-tout. Va pour le fourre-tout et merci pour l'éloge : depuis Delacroix (quand même notre premier carnettiste attitré et qui l'a, d'un coup d'essai, porté à son apogée), le carnet de voyage a les séductions hétéroclites d'un bazar : on ne sait jamais ce qu'il recèle de merveilles et de camelotes, les deux souvent confondues dans le même objet. L'allant du carnet, depuis Delacroix, est oriental ; rien d'étonnant que la plupart des carnets publiés regardent vers l'Est, du Maroc au Japon. La lampe à huile d'Aladin illumine en douce les nuits blanches des voyageurs, salement éclairées au néon de petits hôtels aussi romanesques que vénéneux. Le carnettiste attrape au vol des oiseaux de passage : ses émotions. Qu'il fixe aussitôt sur la page. Sans hiérarchie ni exclusion. Nul besoin du Taj Mahal pour faire une bonne feuille : le soyeux trempé d'un sari qui sort de la boue du Gange, à côté d'une pelure de chien, suffit. Ou bien une rue de banlieue. L'attention portée à des riens, le goût de l'égarement – Nicolas Bouvier ne désavouerait pas, je crois, cette tribu globe-croqueuse - l'éphémère considéré comme une fête, l'art très contemporain de la récup, et puis tout simplement l'amour des autres, tels sont les bons courants d'air que le carnet de voyage émet. Une page de carnet se distingue d'une œuvre classique par sa désinvolture formelle (voyez ces croquis jetés, bâclés, comme arrachés au réel  insolent de labilité), son relatif mépris du fignolé, (les mauvais carnets, il s'en publie de plus en plus, sont presque toujours archi-léchés) ses inachevés, l'indifférence à la noblesse du sujet, mais surtout par la multiplicité de ses images : dans les carnets du Maroc de Delacroix, sur une même feuille, vous en avez pour vos mirettes : un paysage, un cavalier en burnous, une porte de médina, un autochtone en costume, le portrait du même, et j'oublie quelques babioles, babouches ou dague en prime, le tout relevé du poivre de quelques phrases. Peter Beard a poussé, dans ses carnets d'Afrique, ce principe de prolifération à l'extrême, en juxtaposant des dizaines (centaines parfois) de clichés, souvent des planches contact, autour d'une photo principale, pullulation quasi microbienne des choses vues, des impacts du monde sur la rétine. Sténographie éclair des curiosités successives de l'artiste ou quincaillerie des apparences, qu'importe ! Le genre en est encore, même descendant d'une longue lignée d'artistes pérégrins, aux balbutiements de l'enfance. Le carnet de voyage est moderne parce qu'il témoigne d'une conscience aiguë de la fugacité des choses et des paradoxes du monde. Il fait son pain de ces dissonances – quoi de plus dissonant que les silences du Nil et les cacophonies du Caire ? Précieuse fragilité des instants, tremblement de la main avide de capter une harmonie prompte à se dissiper… Il se nourrit de la précarité du réel, et l'aspect flottant des croquis, des collages, des notes, comme suspendus dans l'air libre de la page, et que rien ne relie sinon leur présence dans un même espace, l'apparentent aux philosophies orientales, pour lesquelles contrastes et changements forment l'étoffe même du monde. Le carnettiste de voyage a les semelles taoïstes – c'est-à-dire légères - des traveller's chèques dans la poche et du métier dans les mains.

 

 



 
Carnets de voyage  Carnets publiés Carnets de voyage

Poésie

 

Quel mot pourrait englober la multiplicité de ces objets ? C'est poésie. Au sens où l'entendait André du Bouchet : « La poésie n'est qu'un étonnement, et les moyens de cet étonnement. » La poésie aujourd'hui, c'est le carnet de voyage. Regardez ces jeunes gens de tous âges : persuadés, à l'encontre des cyniques et des blasés, que le monde n'est pas usé, qu'il se crée même à chaque instant – mieux : que chaque regard ingénu participe de la création du monde – ils ne se contentent pas d'aller se dégourdir les jambes et les mirettes aux quatre coins du globe : ils prétendent même, ô innocence !, restituer la fraîcheur de leurs découvertes, l'humidité de leurs émois, le piquant de leurs rencontres dans le millefeuille armoriée de leurs carnets. Un art d'étonnés, qui ne reculent devant aucune innovation pour étonner.

 

Le carnet de voyage est un livre d'or chaussé de semelles boueuses.

 

 

Simon 2004

 

 



Haut de page | Plan du site
Autres
peintre écrivain artiste simon Paris Inde Chine
 Carnets de voyage  Carnets publiés Carnets de Voyage
peintre écrivain artiste simon Paris Inde Chine
 Carnets de voyage  Carnets publiés Carnets de voyage
peintre écrivain artiste simon Paris Inde Chine
 Carnets de voyage  Carnets publiés Carnets de voyage publiés
peintre écrivain artiste simon Paris Inde Chine
 Carnets de voyage  Carnets publiés DE LIGNES EN LIGNE
peintre écrivain artiste simon Paris Inde Chine

   Une création DBC